Je veux comprendre le Grind aux îles Féroé

Grind féroé

Ce qui me plaît dans le voyage, au-delà des magnifiques paysages rencontrés, c’est de découvrir d’autres cultures. Je considère qu’il est très important de les respecter lorsqu’on visite un pays. Mais qu’advient-il lorsque cette culture n’est pas en accord avec nos principes ? Amoureuse de la nature, je ne comprenais pas la tradition qui consistait à massacrer des mammifères marins : le Grind aux îles Féroé. Je ne vous cache pas que j’étais très en colère contre les habitants de ces îles. J’ai donc voulu en savoir un peu plus sur le Grind. Je ne suis toujours pas en accord avec cette tradition, mais je comprends mieux ce qui pousse encore les Féringiens à la pratiquer.  

Ecrit par Marie

Qu’est-ce que le Grind ?

Baleine piloteLe Grind est le nom donné communément à la tradition culturelle de chasse à la baleine existant aux îles Féroé. Le nom original est « grindadráp » qui veut littéralement dire en féroïen « mise à mort des baleines ». Les espèces chassées sont le plus souvent le globicéphale (appelé aussi baleine pilote du fait de son habitude à suivre les bateaux en nageant à leur proue), mais d’autres espèces peuvent être tuées comme le dauphin à flanc blanc. Ce rituel consiste à rabattre les cétacés vers les côtes, tout droit sur les villageois attendant sur les plages armés de couteaux traditionnels. La mise à mort consiste à sectionner la colonne vertébrale de l’animal. Tous les individus sont abattus sans exception : même les femelles gestantes et les jeunes. Cette coutume peut avoir lieu à n’importe quel moment de l’année à partir du moment où des baleines ou dauphins sont repérés. N’importe qui peut participer (y compris les enfants).

Une tradition

Grind en 1947Le Grind aux îles Féroé existerait depuis l’arrivée des colonies scandinaves sur l’archipel. Traditionnellement, cette chasse avait lieu afin de nourrir les habitants sur ces îles au climat difficile où l’agriculture et l’élevage étaient compliqués. D’ailleurs historiquement d’autres pays pratiquaient ce rituel : Terre-Neuve (au Canada), Groenland, ou encore les Orcades au nord du Royaume-Uni. Aujourd’hui, seules les îles Féroé ont maintenu cette culture. Au cours du temps, le déroulement de cet événement a évolué. Les embarcations utilisées pour le rabattage sont maintenant à moteur, beaucoup plus rapides et parfois même des hélicoptères sont utilisés. Traditionnellement, les cétacés étaient guidés par des bateaux à rames. De plus, à l’époque, des danses regroupaient les habitants après chaque grindadráp. Aujourd’hui, chacun repart après avoir récupéré sa part de viande. La survie des Féringiens ne dépend plus de la viande de baleine. Mais les habitants tiennent à cette tradition qui les réunit : l’esprit de communauté prend le dessus. Après chaque grind, la viande est partagée et pas forcément qu’avec ceux ayant participé.

Problèmes de toxicité

Viande de baleineDepuis 2008, les médecins de l’archipel recommandent l’arrêt de la consommation de viande de globicéphale en raison des fortes concentrations de métaux lourds dans la chair des cétacés. En effet, ces derniers étant au sommet de la chaîne alimentaire, ils stockent les polluants dans leurs organismes. Les effets d’une consommation de viande contaminée sont essentiellement neurologiques. Les Féringiens ont conscience du risque, et il semblerait que la consommation de viande de globicéphale ait diminuée. C’est passé d’un repas quotidien à un repas traditionnel, symbolique.

Oppositions

Grind aux îles FéroéDepuis plusieurs années, les actions de l’ONG Sea Shepherd ont permis de mettre en avant cette tradition considérée comme barbare. En effet, plusieurs activistes ont été arrêtés par les autorités féringiennes, alors qu’ils essayaient de guider des baleines pilotes loin des côtes. L’ONG conteste la légalité de cette pratique : « Le globicéphale noir est cité dans l’Annexe II de la Convention des Espèces Migratoires (CMS), ce qui signifie que l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature a déterminé que, bien que ces espèces ne soient pas menacées directement d’extinction, elles pourraient le devenir si la chasse n’était pas contrôlée de près. » L’espèce est également inscrite dans la Convention relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l’Europe. Les îles Féroé ne font pas partie de l’Union Européenne, néanmoins, elles sont sous protectorat danois. L’association demande donc au Danemark de prendre ses responsabilités pour faire appliquer la convention dans l’archipel. De plus, elle a montré à travers une campagne non-officielle que tous les individus chassés et tués ne sont pas consommés : en effet, il existe des charniers sous-marins au large des îles Féroé. Pour se défendre les Féringiens estiment que le nombre de globicéphales tués chaque année aux îles Féroé est minime par rapport aux populations nord atlantiques : 800 baleines tuées contre une population d’environ 100 000 individus aux alentours des îles Féroé.

Les Féringiens ne sont pas pauvres, ils ne chassent plus la baleine pour des raisons économiques ou de subsistance. Il est regrettable que ceux qui sont pour le maintien de cette tradition ne se rendent pas compte du potentiel qu’ils ont devant leurs yeux. L’archipel des îles Féroé est magnifique, mais sa réputation est ternie par cette tradition ancestrale qui n’est autre qu’un massacre. Pourquoi ne pas se tourner vers un moyen respectueux de l’environnement de promouvoir ces paysages magnifiques ? Certains Féringiens ne sont plus en accord avec ce rituel et souhaiteraient voir apparaître une économie basée sur l’observation des baleines plutôt que leur tuerie. Je m’interroge sur le modèle qui est donné aux enfants féringiens, celui où le massacre d’êtres vivants est autorisé sous prétexte d’une tradition. Comment évoluent-ils dans ce monde où la barbarie est considérée comme normale ? Attention tout de même à ne pas faire d’amalgame. Les Féringiens perpétuent cette tradition car c’est ancré dans leurs mœurs, ils ont grandi avec et pour eux, c’est une fierté. Cela ne fait pas d’eux pour autant des êtres inhumains, ou assoiffés de sang. Je suis en total désaccord avec leurs pratiques mais cela ne m’autorise pas à les traiter de tous les noms. Il faut parfois du temps pour faire changer les mentalités. Mais une chose est sûre, le meilleur moyen pour y arriver est d’abord de comprendre avant d’insulter.

Les îles Féroé

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1 Commentaire

  1. Arhur Répondre

    On devrait espérer que l’évolution de l’espèce humaine la pousse à s’éloigner de (s)ces coutumes qui n’ont plus lieu d’être. Combat d’animaux, corrida et autres défouloirs sanglants ne font pas parti de cet espoir.

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