Faire un tour dans une favela : découvrir une autre facette de Rio

Il était important pour nous d’aller voir des favelas durant notre passage à Rio. Cela fait partie intégrante de la culture brésilienne avec ses disparités de richesse. En effet, nul ne peut penser que Rio se distingue seulement par ses belles plages, la samba et le christ rédempteur. D’ailleurs, la samba est née dans les favelas, tout comme la musique funk. Nous avons donc décidé de contacter Favela Tour qui propose des excursions dans deux favelas de Rio. L’occasion pour nous d’en apprendre plus sur leur histoire et de se défaire des préjugés qui leur collent à peau. 

L’histoire des favelas

Le terme Favela a été donné à la suite de la guerre des Canudos, à la fin du XIXe siècle. Cette guerre opposait un bastion de militaire dépêché par la jeune république du Brésil et un groupe « rebelle » dans le nord-est du pays. Les soldats avaient leur base sur une colline Morro de la Favela, nommée ainsi en raison de la présence en grande quantité d’une plante, la favela.

De retour à Rio, en pleine crise du logement, les militaires ont été relogés sur les pentes de la ville. Plus particulièrement sur la colline Morro da ProvidênciaEn mémoire aux événements qu’ils venaient de vivre, ils l’ont rebaptisé Favela.

Puis, durant le XXe siècle, l’exode rural lié entre autres au développement économique de Rio, entraîne un développement de quartiers informels autour de Favela. Le gouvernement laisse faire. Les favelas sont nées.

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Du fait de leur isolement géographique, de l’extrême pauvreté qui y règne et du peu d’intérêt que le gouvernement leur porte ; les favelas deviennent le terrain de jeux des trafiquants de drogue. Dans les années 1980, le problème s’intensifie. Les trafiquants font la loi et les favelas deviennent des endroits dangereux. Même les habitants ne peuvent aller et venir comme ils le souhaitent. Ils contrôlent tous les commerces et du fait de leur position en hauteur, anticipent toute tentative policière.

Puis, Rio obtient l’opportunité d’accueillir le mondial de Football en 2014 et les JO en 2016. La « reconquête » des favelas est mise en place. En novembre 2011, les forces militaires envahissent les favelas de manières pacifiques, de façon assez calme et organisée notamment dans la Favela de Rocinha (la plus grande et la plus peuplée de Rio). La police a ainsi repris le contrôle sur certains territoires et a rendu les favelas plus sûres (au total, 39 ont été reconquises par la police à travers le projet des UPPs- les « Unités de Police Pacificatrices »).

Le tour proposé par Favela tour

Nous avions entendu parler des tours organisés dans les favelas. En effet, il est le plus souvent conseillé de visiter ces quartiers avec un guide, bien qu’on puisse maintenant y aller seuls.

Après quelques recherches, nous avons décidé de faire ce tour avec Favela Tour. Fondé par un local, Marcelo Armstrong, qui a commencé à organiser des visites dans les favelas en 1992, après avoir découvert plusieurs pays du monde. Il explique « pourquoi faire le tour dans les favelas » en répondant à plusieurs questions, dans un article ici.

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Il était important pour nous de choisir une agence impliquée dans la vie des favelas et pas simplement motivé par le profit. En effet, une partie du gain de cette excursion est reversée à des œuvres sociales dans la favela de Rocinha. Par exemple, Favela Tour finance des écoles communautaires.

L’agence propose des tours en différentes langues (anglais, espagnol et français). Les visites se font tous les matins vers 9h et les après-midi vers 14h, et durent environ 3h. Nous avons fait notre tour le dimanche matin, ce qui modifie un peu l’itinéraire prévu. En effet, la visite des écoles est prévue normalement dans le tour. Comme nous nous sommes pris un peu à la dernière minute, nous avons pris le tour en anglais. Néanmoins, la guide parlant également français, elle se montrait attentive à ce que nous ayons bien compris et n’hésitait pas à nous répéter quelques informations en français.

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Le tour commence par le transport en van jusque dans les favelas. Durant le trajet jusqu’à Rocinha, la guide commence à donner des indications et raconte l’histoire des favelas. Le premier arrêt se situe au niveau de l’entrée de Rocinha. Nous pouvons déjà voir le contraste avec les quartiers d’où nous sommes parties. Nous nous arrêtons ensuite au niveau d’un atelier, d’où nous avons une vue panoramique sur la favela. Mais aussi sur le clivage entre les favelas et les quartiers plus riches. Rocinha héberge près de 80 000 personnes !

Etant un dimanche, nous passons dans le marché du quartier. C’est ici que les habitants viennent faire leurs principaux achats. La guide nous fait également découvrir le sorbet typique de la région, fait avec des açai, fruits qui poussent en forêt amazonienne. Pendant que nous déambulons dans le marché, un homme répète à tout le groupe « Thanks for your presence » (Merci de votre présence). Ce qui nous a bien fait comprendre l’importance de la présence touristique pour certains habitants.

Nous nous rendons ensuite dans une autre favela, Vila Canoas. Là-bas, nous faisons un tour à pied d’une quinzaine de minutes à travers les ruelles étroites du quartier. Les bâtiments sont très colorés et nous croisons de nombreux « street-art » tels que des peintures, des mosaïques, etc.

Beaucoup d’informations sont données tout au long du tour. Il permet de mieux connaître ces quartiers, souvent tristement célèbres pour leur mauvaise image.

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Les favelas aujourd’hui

Aujourd’hui, avec la fuite des narco-trafiquants, on voit revenir des commerces, et même des hôtels dans les favelas. Les habitants ont la volonté d’améliorer leurs conditions de vie en mettant en place des projets locaux : cliniques, écoles communautaires, etc.

Malheureusement, toutes les favelas ne sont pas aussi chanceuses que Rocinha. Dans certaines plus éloignées du centre-ville, les trafics illicites se font toujours en plein jour. Le travail de reconquête n’est pas fini. Les habitants gardent un goût amer de cette politique de reconquête menée par le gouvernement avant les grands événements sportifs. En effet, seules les favelas proches géographiquement de ces événements ont été pacifiées.

Au-delà de la criminalité, il y a aussi des efforts à faire concernant la réintégration des favelas dans le tissu urbain. Par exemple, l’accès à l’eau et l’électricité n’est pas toujours évident.

Pour les anglophones souhaitant en connaître plus sur les favelas, vous pouvez vous rendre sur le blog « Life in Rocinha« .

Nous avons beaucoup appris sur les favelas et l’histoire de Rio pendant ce tour. Nous le recommanderions à tous ceux qui iraient visiter la ville. En effet, nous pensons que l’on passe à côté de quelque chose si on ne se rend pas dans les favelas, qui sont une part importante dans la géographie, dans la démographie et dans l’histoire de Rio. 

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